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merci l’irlande !

Merci l’Irlande !

« Go raibh maith agat ! », ce qui en gaélique signifie « merci ! ». Oui, mille fois merci à l’Irlande pour avoir sauvé l’honneur de la démocratie en Europe et offert à ses peuples l’occasion historique d’une refondation radicale de la construction européenne.

 

Les pleurnicheurs du oui, une fois de plus défait par le verdict suprême du suffrage universel, et ce dans le seul pays organisant une consultation populaire, jouent à nouveau les mauvais perdants : ils accusent l’Irlande d’égoïsme et s’offusquent de ce que moins de 1% de la population de l’Union européenne empêcherait, soi-disant, les 99% restants de bénéficier du traité de Lisbonne. Mais s’ils étaient si sûrs de leur projet, ils auraient consulté tous les peuples, à commencer par le leur, au lieu de les réduire au silence. Leurs critiques, comme en 2005, sont infondées et reflètent le déni de réalité dans lequel se sont claquemurés depuis si longtemps les dirigeants européens.

 

En réalité, le « Nil » de l’Irlande au chèque en blanc qui lui était demandé constitue le vote par procuration de centaines de millions de citoyens, ravis d’avoir ainsi eu le dernier mot - comme il se doit en démocratie - sur un traité qu’on prétend leur imposer contre leur gré.

 

Le non de l’Irlande aujourd’hui, comme celui de la France et des Pays-Bas il y a trois ans, traduit en fait le divorce consommé entre les élites et les peuples : d’un côté, la propagande, l’anathème, l’autisme, le plaidoyer avec les apparences de la normalité pour un ordre politique, économique et social dur aux faibles et doux aux forts. De l’autre, la révolte grandissante contre un système inefficace, injuste et disciplinaire, qui démolit l’existant (les nations et leurs repères) sans construire pour autant le modèle européen protecteur, prospère, innovant et démocratique promis en vain depuis le traité de Maastricht en 1992.

 

Décidément, les faits sont têtus et les nations animées d’une sagesse qui n’est pas moins solide. Sagesse pour elles-mêmes mais aussi pour l’Europe.

 

Mais maintenant, que faire ? Faut-il s’acharner, si le jeu diplomatique le permet, à faire passer en force ce traité de Lisbonne à la légitimité anéantie par deux viols démocratiques (ratifications parlementaires en France et au Pays-Bas, largement désavouées par les peuples concernés[1]) et maintenant par un rejet populaire dans le cadre de l’unique référendum organisé dans 27 pays ? Mais qu’est-ce qui garantirait que le système ne continuerait pas à péricliter ? En effet, chacun sait que vient un temps où il ne sert plus à rien de rafistoler une vieille voiture et qu’il est bien plus sage et malin d’en acheter une neuve.

 

C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui avec la construction européenne. L’UE à 27 n’est plus la CEE des 6. La belle idée européenne qui a accompagné la paix et la prospérité au lendemain de la guerre a été dévoyée par des organes irresponsables et tentaculaires qui ont peu à peu usurpé le pouvoir démocratique des Etats. Plus que jamais, la mondialisation menace la suprématie occidentale et oblige donc à une réactivité et à une souplesse (vertus toutes nationales) qu’interdit complètement la rigidité bureaucratique des institutions supranationales. La soif de démocratie et de renouvellement l’emporte désormais sur l’illusion vieillotte du dépassement des nations et de la fin de l’histoire.

 

Bref, c’est à une véritable et profonde refondation de la construction européenne qu’il faut procéder. L’Europe oligarchique de Bruxelles étant morte et bien morte, c’est l’Europe du XXIème siècle, celle des projets, des libertés, des coopérations volontaires, des échanges pragmatiques, qu’il faut maintenant édifier.

 

Quelques principes simples doivent inspirer cette refondation : le respect des démocraties nationales, les coopérations à la carte permettant de faire mieux à plusieurs que tout seul, le démantèlement des organes bureaucratiques non-élus mais tout-puissants, une délimitation raisonnable de l’Europe (sans la Turquie), l’indépendance stratégique vis-à-vis des Etats-Unis et de leur OTAN.

 

On entend souvent dans la bouche des européistes d’hier des lamentations sur le mode : « pourquoi l’idée européenne ne fait-elle plus recette ? » Tout simplement parce que la manière et le sens de la construire ne sont plus adaptés aux besoins du temps, comme vient encore de le démontrer le référendum irlandais. Pour faire de l’Europe un vrai multiplicateur de puissance au service des citoyens, pour éviter qu’elle ne se fane définitivement dans les cœurs et les esprits, il est temps de la refonder. Les prochaines élections européennes, en juin 2009, offriront l’occasion de ce sursaut, permettant ainsi de transformer l’essai irlandais.

 

 

 

Nicolas DUPONT-AIGNAN

Député gaulliste de l’Essonne

Président de Debout la République

 


[1] Un sondage Opinionway paru dans le quotidien Métro début juin 2008 indique que 61% des Français estiment que la ratification parlementaire du traité de Lisbonne est une remise en cause du vote du 29 mai 2005.

Une enquête Standpunt.NL affirmait la semaine dernière que 73% des Néerlandais désapprouvent la ratification parlementaire du traité de Lisbonne par leur pays, le 5 juin (source Libération du 7 juin).